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Vouloir mincir, mythe ou réalité ?

 

Vénus préhistoriques enrobées, corps de femmes aux rondeurs de la Grèce Antique ou de la Renaissance immortalisés par Rubens, baigneuses plantureuses de Renoir tels étaient à l ‘époque les symboles de la féminité.
Au fil du temps, cette image s’est modifiée. La Vénus de Milo, jadis canon de beauté universelle nous fait aujourd’hui plutôt sourire.

Depuis les années 60, un nouvel engouement est né, celui de la minceur !
Prisonniers d’une image idéale, nous sommes prêts à infliger à notre corps les pires tyrannies pour ressembler aux silhouettes des magazines car la mode et ses diktats sont particulièrement contraignants.

Mincir semble être l’obsession la plus partagée de la planète

La norme est à la femme active, à l’allure sportive, augure d’émancipation.
L’homme lui aussi semble de plus en plus soucieux de son aspect extérieur Un corps mince, musclé et hâlé est pour lui synonyme de réussite sociale, de séduction. L’image du cadre dynamique que nous renvoient les publicités est celle d’une personne tonique, active, et… mince.

Notre société n’admet pas les gros. Être gros, c’et s’exposer au regard des autres, à leur mépris, à leur rejet.
Les magazines exhibent des mannequins au corps longiligne, les médias glorifient le corps idéalement svelte, signe d’un parfait bien-être.
Alors victimes de cette pression extérieure, nous sommes enclins à nous lancer de manière anarchique dans des régimes amaigrissants et déséquilibrés, testant tous les remèdes miracles au prix de sacrifices excessifs.
Or, ces privations sont frustrantes et néfastes pour notre santé. Ne pouvant être en permanence dans la restriction, nous finissons par perdre tout contrôle et sombrons dans une alimentation anarchique. Les périodes de régime, de restriction alternent alors avec des périodes de boulimie et de laisser aller .et la balance oscille ainsi entre le pire et le meilleur. Les kilos s’empressent de revenir, comme si le corps se vengeait d’avoir été privé....

Notre rapport à l’alimentation se révèle bien ambigu. Nous savons combien tout ce qui se rapporte à la nourriture est porteur d’une charge affective d’autant plus grande qu’elle est liée à des expériences précoces inscrites dans la mémoire du corps et restées vivantes dans l’inconscient.

Dès notre naissance, nous réalisons à travers la prise de nourriture, un certain nombre d’expériences émotionnelles de nature à influencer la construction de notre schéma d’alimentation. En effet, le bébé est attiré par le plaisir du goût que lui procure le lait sucré.  Ce plaisir s’accompagne d’un sentiment de bien-être physique, de protection aussi puisqu’il est absorbé dans les bras de la mère.Notre cerveau a mémorisé ces instants exceptionnels et la consommation d’aliments savoureux restera, pour la plupart d’entre nous, liée à cette expérience. L’aliment est alors le refuge compensateur de moments de frustration
« Ma seule histoire d’amour est celle que j’entretiens avec la nourriture » dit Sonia, boulimique.

Manger c’est beaucoup plus que s’alimenter, c’est aussi se rassurer, se consoler, se faire plaisir, se récompenser, vaincre la solitude.

Mincir est une affaire personnelle qui met en jeu aussi le corps et l’image que nous avons de nous-mêmes.

Il y a souvent un énorme décalage entre le corps réel et le corps désiré. La perception de notre corps est le fruit de nos pensées aussi. L’image du corps est propre à chacun. Elle contient une mémoire et est liée à notre histoire, à notre passé, nos expériences et nos acquis.

Le corps se modèle au fil des pratiques liées à notre histoire familiale et le regard que nous nous portons est déterminé par la façon dont nous avons été aimés, valorisés durant cet apprentissage précoce qu’est l’enfance.

Le passé est ce qu’il est, nous ne pouvons le changer. Mais nous pouvons modifier la vision que nous portons sur ce passé et sur nous-mêmes 
Notre corps réclame écoute et respect. Il nous faut tenir compte de ses besoins, mais aussi des désirs de notre psychisme pour être en accord avec notre être dans sa
globalité.
Si nous voulons nous sentir bien dans notre peau, commençons par prendre. conscience de l’aberration de cette lutte « maigrir-grossir » 
Acceptons de vivre les changements que nous avons décidés avec détermination, plaisir et confiance.

Apprenons à reconnaître l’origine du problème qui se cache quelquefois derrière la prise excessive de nourriture. Pourquoi avons-nous besoin de ce refuge ? 
Et si nous cessions de nous fixer des objectifs irréalisables et prenions davantage conscience de nos vrais besoins, et apprenions à les combler autrement que par l’ingestion de nourriture ?

Apprenons aussi à nous aimer avec nos failles et nos défauts et soyons davantage à l’écoute de nos vrais désirs. C’est à ce prix que nous pourrons réhabiliter la notion de plaisir dans notre manière de nous alimenter, de nous mouvoir et de vivre,

Par Michèle Freud, psychothérapeute, Auteur de Mincir et se réconcilier avec soi, Ed. Albin Michel

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